Le choix du Québec : recherche ou développement?

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emergex

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Un processeur d'ordinateur agrandit

Les affaires, 23 janvier 2010

Lorsque Raymond Bachand, alors ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE), a dévoilé en décembre 2006 la stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI) et l’enveloppe de 800 millions de dollars qui l’accompagnait pour 2007 à 2009, il a reçu un concert d’éloges.

Enfin, la recherche universitaire allait rattraper son retard par rapport aux autres provinces canadiennes. Enfin, on allait marier la recherche à l’industrie grâce à un soutien adéquat, et enfin, on allait encourager les chercheurs québécois à jouer sur l’échiquier international.

Le moment est venu de mettre la stratégie à jour pour 2010-2013. Mais le document se fait attendre. Pas facile de trouver 800 millions – ou plus – dans les coffres du gouvernement en cette ère post-récession. Un autre facteur a peut être compliqué le travail des mandarins de Québec : la position de l’Association de la recherche industrielle du Québec (ADRIQ) qui prône une réorientation de la politique gouvernementale en matière de recherche.

Un échec, la stratégie?

Dans un mémoire remis au ministre, cette association, forte de ses 4 200 membres, soutient que le modèle sur lequel la politique de Québec est fondée n’est plus pertinent.

Selon ce modèle, linéraire, la source première de l’innovation est la recherche. Celle-ci aboutit à une découverte, qui mène à la mise au point d’un produit qui sera ensuite commercialisé. Or, l’ADRIQ croit que dans la plupart des cas, les innovations mises sur le marché ne viennent pas de la recherche, mais du marché lui-même.

«Dans 95 % des cas, les entreprises qui innovent ne le font pas à la suite d’une invention, mais bien à la suite d’un travail qui consiste d’abord à mieux connaître les besoins du marché, affirme Claude Demers, pdg de l’organisme. Ensuite, elles développent des technologies ou adaptent celles qui existent déjà pour répondre à ces besoins.»

C’est un modèle en boucle, poursuit-il. «Au lieu de partir de la découverte pour se rendre au marché, on part du marché et on retourne au marché, grâce à des innovations venant des utilisateurs du produit, des employés, des concurrents ou des fournisseurs.»

Élargir la notion de R-D

Sur la base de ce constat, l’ADRIQ propose au gouvernement de réaménager le soutien accordé à l’écosystème de l’innovation au Québec. Plutôt que de viser seulement ceux qui font de la recherche, l’aide de l’État devrait soutenir aussi les démarches de développement et de commercialisation faites par les entreprises innovantes, suggère-t-elle.

Par exemple, les règles qui entourent les crédits d’impôt devraient être élargies pour soutenir davantage le développement de produits, la partie D  de la R-D. «Actuellement, l’application des règles est si sévère que bien des entrepreneurs ne se donnent même plus la peine de faire une demande d’aide», déplore M. Demers.

De plus, la réglementation devrait comprendre les dépenses d’activités de commercialisation, comme la participation à des foires commerciales, des études de marché, les salaires de représentants commerciaux, etc.

La commercialisation est le maillon faible dans la chaîne d’innovation des entreprises québécoises, estime l’ADRIQ. En 2008, le Conseil de la science et de la technologie du Québec faisait le même constat dans une étude sur le secteur manufacturier. « Les entreprises québécoises sont davantage en mode push qu’en mode pull », écrivait l’organisme.

Le rôle des sociétés de valorisation remis en question

Si l’ADRIQ applaudit le travail des consortiums de recherche préconcurrentielle, grands gagnants de la stratégie 2006-2009, et en prône la multiplication, elle remet en question le rôle des sociétés de valorisation qui, elles, sont au service des universités. Il y a quatre sociétés de valorisation au Québec : Univalor, Sovar, Valeo et MSBiV. Leur mandat est d’aider les chercheurs à valider leur découvertes – en effectuant des tests de faisabilité, de marché et de profitabilité – et à leur trouver des débouchés commerciaux.

Selon l’ADRIQ, ces sociétés n’ont pas engendré les résultats attendus. «On a dépensé 100 millions de dollars [NDLR : depuis environ sept ans] dans ces sociétés et les résultats ne sont pas à la hauteur», affirme Claude Demers. «Je n’ai pas besoin de mes 10 doigts pour compter le nombre d’entreprises qui ont fait des profits grâce à des innovations issues de recherches universitaires.»

«On leur demande d’arrimer l’industriel à l’université, alors que c’est l’inverse qu’il faut faire», poursuit-il. Selon lui, le gouvernement doit soutenir davantage la recherche arrimée à l’industrie et moins celle qui ne l’est pas. Et la recherche fondamentale? «Qu’elle soit plafonnée», dit-il, sans appel.

Claude Demers sait que son opinion irritera les universités. «Nous jetons un pavé dans la mare, c’est sûr,» dit celui qui annoncera sous sa retraite de l’ADRIQ, qu’il a dirigée pendant 19 ans.

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